PCL - Leaderboard

Textiles usagés

La fibre du recyclage

27.11.2020 / FAO n° 95

Pointées du doigt, les dérives de l’industrie de la mode incitent la filière textile à combattre gaspillage et pollution grâce au recyclage et à la valorisation. Focus sur les solutions existant dans le canton.

La fibre du recyclage
L’usine de tri de Texaid à Schattdorf (UR). Dans le canton de Vaud, l’entreprise a collecté environ 3800 tonnes de vêtements usagés en 2019.
Crédit photos: Texaid

Selon Texaid, plus grand fournisseur du pays pour la collecte, le tri et le recyclage écologique des textiles usagés, les vieux vêtements se chiffrent à 7 kg par personne et par an en Suisse. L’entreprise – qui en traite aujourd’hui à peu près 38’000 tonnes par an – note que, depuis sa création en 1978, «leur nombre a au moins décuplé». Un indicateur qu’elle impute autant à la «croissance démographique et la tendance de la fast-fashion qu’à l’évolution de la sensibilisation des consommateurs au recyclage».

Comment ça marche ?

Concrètement, Texaid collecte les textiles dans des conteneurs de vêtements usagés – plus de 800 dans le canton de Vaud –, dans certains magasins de grande distribution ou à l’occasion de collectes de rue. S’ensuit l’étape du tri, décisive pour extraire les vêtements de seconde main pouvant être revendus. Mêlant méthodes mécanisées et expertise humaine – des collaborateurs vérifient chaque pièce selon 60 critères –, l’usine de tri à Schattdorf (UR) parvient à en extraire environ 65% pouvant être portés à nouveau comme vêtements d’occasion. Ces derniers sont revendus au détail dans son propre réseau ou exportés, principalement vers l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Environ 30% des textiles (défectueux ou sales), finissent par être effilochés: la moitié est retissée en chiffons de nettoyage, l’autre recyclée en matériaux isolants. Quant aux 5% restants (non textiles ou bien trop sales), ils sont incinérés.

Les solutions de demain

«À l’avenir, Texaid sera confronté à des quantités croissantes de textiles qui ne sont plus portables, car la tendance à la production de vêtements de moindre qualité se poursuit. C’est pourquoi nous sommes impliqués dans un certain nombre de projets de recherche dans le but de fermer le cycle du textile à long terme» explique Rahel Ziegler, du service presse de l’entreprise. Parmi eux, «Texcycle», un projet avec la Haute école de Lucerne qui explore des solutions de revalorisation pour les matériaux usagés de qualité. Les premières pistes prometteuses ? Des méthodes permettant de filer les vieux vêtements en un gros fil, idéal pour la confection de tapis. Des chercheurs en design et en matériaux ont également utilisé les fibres les plus courtes pour élaborer des prototypes destinés à des fins d’isolation acoustique. «De nos jours, un pull-over en coton qui n’est plus portable est transformé en chiffons, alors que sa matière pourrait être utilisée dans des produits haut de gamme» explique Anna Pehrsson, spécialiste des solutions de recyclage chez Texaid.


Si Texaid est 3e au niveau européen, Textura a tout d’une grande. C’est que, depuis 1992, cette petite entreprise vaudoise mêle au recyclage des tissus la revalorisation des personnes. Comment? Grâce à des mesures de réinsertion professionnelle pour développer l’employabilité, subventionnées par le Canton de Vaud et l’Office de l’assurance invalidité. «Notre métier de base n’est pas le textile: notre but est que les personnes en réinsertion soient les plus proches possible de la réalité du marché du travail » explique Olivier Coulet, responsable d’exploitation de Démarche, la société mère.

C’est ainsi que Textura (collectrice officielle de la Ville de Lausanne avec la fondation Terre des Hommes) dispose de 147 conteneurs dans le canton de Vaud et récolte en moyenne 2000 tonnes de textiles usagés par an, soit l’équivalent d’un train de marchandises de 2 km de long. Si près de 70% sont revendus à des grossistes, 30% sont recyclés, dont 15 à 20% sont revalorisés en vêtements d’occasion.
Vendues en ligne et dans sept boutiques qui ont pignon sur rue depuis une quinzaine d’années dans plusieurs grandes villes du canton, ces pièces de «seconde main» séduisent une clientèle de plus en plus large, autant désireuse de faire des économies que de changer de philosophie en matière d’habillement.

Côté humain, le bilan est réjouissant. Générant une centaine d’emplois-formation – des chauffeurs pour acheminer les textiles au centre de tri aux vendeuses en boutique formées au merchandising en passant par les ouvriers qualifiés pour trier les pièces manuellement ainsi qu’une dizaine de postes administratifs –, l’entreprise «apprenante» remplit son rôle à merveille. «Ici, certaines personnes pourront se former, d’autres découvrir un nouveau métier. Et pour ceux qui sont déjà des professionnels, on ne leur apprend pas leur métier, on leur permet de continuer à le pratiquer» résume avec fierté Olivier Coulet.


Bon à savoir 

Les textiles très sales ainsi que les textiles abîmés en fibres synthétiques ou enduites doivent être jetés avec les ordures ménagères.

Ce qui est collecté (dans un sac solide et bien fermé):
• Vêtements pour femme, homme et enfant pouvant encore être portés
• Vêtements en cuir et en fourrure
• Chaussures propres pouvant encore être portées (attachées par paires)
• Sous-vêtements et chaussettes propres
• Ceintures et sacs
• Bonnets et chapeaux
• Linge de table, de lit et de maison
• Duvets et coussins en plumes
• Animaux en peluche