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Sauvages ou importées

Ces fleurs qui font le printemps

19.03.2021 / FAO n° 23

Dans le sillage de la société vaudoise d’horticulture créée en 1844, le canton vert et blanc a toujours la main verte!

Ces fleurs qui font le printemps
Fête de la Tulipe, Morges, parc de l’Indépendance.
Crédit photos: © Olivier Bohren

L’une des premières de Suisse, la Société vaudoise d’horticulture (SVH) divisée en sections régionales poursuit sa noble tâche, reconnue d’utilité publique. De l’organisation de conférences aux concours de balcons fleuris, elle est aussi à l’origine des floralies, ces historiques fêtes horticoles mêlant exposition et vente de fleurs.

Organisée par l’association Morges Fleur du Léman, la Fête de la Tulipe en est une bouture: cette floralie créée en 1971 à l’occasion des 50 ans de la société d’horticulture de Morges (et dont le point d’orgue est la traditionnelle vente des bulbes déterrés) est la plus grande de Suisse. Cette année, 145’000 bulbes de 285 variétés importés de Hollande vont éclore dans le bucolique Parc de l’Indépendance au bord du lac. «Chaque mois d’octobre, tout est planté à la main par les jardiniers communaux et des apprentis horticulteurs du canton», explique Véronique Hermanjat, nouvelle présidente de l’événement. «Entre les éclosions précoces et tardives selon les variétés, plusieurs paysages se succèdent de fin mars à début mai, c’est extraordinaire». Chaque massif est soigneusement dessiné et les compositions, figuratives ou non, sont millimétrées: «De véritables œuvres d’art, où la hauteur des tiges compte autant que les couleurs ou l’espacement entre les bulbes». Les animations ayant succombé au virus en 2020, c’est une édition du 50e bis qui est sur le point d’éclore grâce à la générosité des sponsors et donateurs qui se sont mobilisés pour ne pas que fane cet événement majeur de la région.

Shopping vert et contre tout

Mais, crise sanitaire oblige, la vente de bulbes se fera une nouvelle fois en «drive-in»: les gens viendront retirer des sacs déjà préparés d’une trentaine de bulbes pour la modique somme de 10 fr. Et pour la première fois, la Fête de la Tulipe s’associe aux autres sites fleuris du canton : des tulipes morgiennes iront notamment se perdre dans les allées sauvages de l’Arboretum du Vallon de l’Aubonne tandis que le Château de Vullierens voisin sera présent avec un massif d’iris dans le Parc de l’Indépendance…

Encore plus ancienne, la collection d’iris de Vullierens fut créée il y a plus de soixante ans par l’épouse de l’un des châtelains. On en compte aujourd’hui plus de 400 variétés, soit deux hectares en fleurs à découvrir dans les belles allées du parc de fin avril à début juin. Récemment, des variétés d’iris remontants (susceptibles de faire une deuxième floraison à l’automne) ont fait leur apparition. Les iris se multiplient par rhizomes, des tiges souterraines que l’on peut acheter sur place ou en ligne, après les avoir repérées dans les allées.

Balades sauvages

En marge de ces événements, certaines fleurs bien de chez nous (de la famille des Amaryllidacées) éclosent sans gêne et sans calcul. Parmi elles, les célèbres narcisses de la Riviera vaudoise dont la seule stratégie est de pousser à basse altitude alors qu’il fait encore froid – jusqu’à parfois percer sous la neige – et de recouvrir les prairies de leurs fleurs blanches d’où leur poétique nom de «neige de mai». Avec le haut de leur tige recourbée et leur étamine jaune sortant, elles semblent pencher la tête et bâiller… Ces narcissus radiiflorus, dont on peut humer le parfum légèrement sucré grâce à plusieurs sentiers balisés aux Pléiades, aux Avants, à Glion, à Caux et au Mont-Pèlerin, sont malheureusement de plus en plus menacés par l’agriculture intensive, la reforestation et l’urbanisation.

Quant à la jonquille, dite aussi «narcisse jaune», on la trouve à foison dans la région de Morges, plus précisément à Eclépens: depuis la gare, il suffit de descendre la route, passer sous les voies et continuer direction nord-est. Au carrefour indiquant à gauche le canal d’Entreroches, poursuivez tout droit: après quelques minutes de marche, vous voici dans un sous-bois, au pied du Mormont, accueilli par un splendide tapis jaune… Nul besoin de se déchausser, mais gardez les mains dans vos poches: bulbes et tiges des jonquilles (comme des narcisses) contiennent des alcaloïdes toxiques pour l’homme et l’animal. Synonyme de langueur et de désir, la jonquille exprime l’attente: humez son parfum délicat et fleuri, mais retenez-vous de la cueillir.

 

Un bouquet de sorties

Un bon point pour les fleurs en ces sinistres temps d’épidémie:
le grand air!

Si la Fête de la Tulipe a dû annuler ses animations en 2020, elle a pu maintenir l’exposition aux quatre vents de ses milliers de fleurs, tout comme le Château de Vuillerens qui raconte «ne pas avoir subi de limite de fréquentation au vu de la grandeur du domaine». Pour cette année, espérons un peu, beaucoup, passionnément.

Mars-avril: Cerisiers et magnolias d’Aubonne (www.arboretum.ch)

De mi-mars à avril: Les jonquilles d’Eclépens (www.morges-tourisme.ch)

Du 20 mars au 9 mai: Fête de la Tulipe à Morges; vente des bulbes le 11 mai (www.fetedelatulipe.ch)

De fin avril à début juin: Floralies d’iris du Château de Vuillerens (www.chateauvullierens.ch)

De fin avril à fin mai: Sentiers des narcisses (www.narcisses.com)