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Daniel Peter (1836-1911)

L’inventeur oublié du chocolat au lait

26.03.2021 / FAO n° 25

L’inventeur oublié du chocolat au lait
Daniel Peter vers 1900.
Crédit photos: © Archives historiques Nestlé, Vevey

La chance avec Daniel Peter, l’inventeur officiel du chocolat au lait, c’est qu’il a commencé à tenir un carnet en 1875 dans lequel il a consigné toutes ses expériences, ses tâtonnements et ses réussites à ce sujet. Autodidacte né à Moudon, Peter démarre comme épicier puis fabricant de chandelles à Vevey avant de racheter l’une des fabriques de François-Louis Cailler. Son mariage avec la fille de ce dernier, couplé à l’arrivée du gaz de ville qui signe bientôt la mort du marché des chandelles, achève de propulser Peter du côté des aventuriers de l’or brun.

Doté d’un sens aigu des affaires, il cherche à rendre le chocolat au lait liquide «portionnable» et donc transportable, gageure des temps modernes. À la ville, le lait naturel étant rare et souvent falsifié avec de l’eau et de la craie, il a la volonté d’élaborer un aliment abordable et nourrissant, comme en témoignent les encarts publicitaires qu’il publie dans la presse dès 1876, vantant son «nouveau produit composé de cacao pur et de sucre allié au bon lait suisse avec lequel on peut obtenir promptement un excellent déjeuner».

Des années de perfectionnement

Inlassablement il continue ses recherches, évoluant d’un mélange plutôt pâteux vers une poudre soluble dans l’eau bouillante pour laquelle il est primé lors de multiples foires industrielles, de Paris à Melbourne. Ses expérimentations sont rendues possible par l’invention révolutionnaire des frères Page, le lait condensé, dont la première fabrique en Suisse voit le jour en 1866: une alternative longue conservation au lait frais qui permet de conserver les propriétés nutritionnelles du lait tout en tuant les bactéries. C’est vers 1885 qu’il obtient une poudre si solide qu’il se rend compte qu’elle devient consommable à la main. Ce qu’il appelle ses croquettes (des disques de chocolat) sont alors un mélange de cacao, de lait condensé, de sucre – qui joue le rôle de conservateur et enlève l’amertume — et d’adjuvants comme le sel et le bicarbonate de soude: sa formule magique est enfin maîtrisée.

Tout le monde veut en croquer…

Ce n’est qu’en 1895 que Daniel Peter dépose les deux marques qui feront sa fortune: le Delta Peter (son chocolat au lait portionné en triangle et emballé) et le Gala Peter (ses fameuses croquettes de chocolat au lait), deux produits qu’il envisage pour un public de touristes et de promeneurs étrangers comme en témoignent ses publicités Art Nouveau aux formules éclatantes («Gala Peter, le premier chocolat au lait du monde»), promettant santé et satiété («Très nourrissant, très digeste, peu sucré, ne donne pas soif: le plus sain de tous les chocolats!»)
Les années de prospérité qui suivent sont aussi marquées par une concurrence féroce, visible dans les changements de nom de la société de Daniel Peter au fil des fusions et acquisitions jusqu’à son rachat par Nestlé (voir encadré). Ce sont aussi les coups bas: la trahison de son neveu Paul Brandt qui vend la recette du chocolat au lait à Kohler vers 1897 ou celle de l’un de ses contremaîtres qui va offrir ses services à Cailler… (dont la petite manufacture est passée de huit salariés à Vevey en 1890 à 1300 salariées en 1903 à Broc!)
Aiguillonné par la concurrence et désireux de s’approcher au plus près de la production laitière, Daniel Peter ouvre une grande usine à Orbe en 1901 puis s’associe avec Kohler – avec qui il produira en sous-main le fameux «Swiss Milk Chocolate» de Nestlé en 1905 – puis avec Cailler, puis enfin avec Nestlé jusqu’à ce que le géant de l’agroalimentaire revende en 2002 la marque Peter’s chocolate aux Etats-Unis. Une fin un peu amère pour cet inventeur acharné dont le Gala Peter a progressivement disparu des rayons dans les années 1980 au profit de chocolats plus lactés et plus sucrés. Une tendance qui semble aujourd’hui s’inverser, comme un hommage tacite au chocolat de légende.


Photo du haut: Gala Peter et Delta Peter : les deux marques de chocolat au lait de Daniel Peter qui resteront dans les rayons durant presque un siècle. Photo principale: Affiche publicitaire pour le Gala Peter, vers 1930.
Crédit photos: © Archives historiques Nestlé, Vevey

Quelques dates

  • 1819 François-Louis Cailler (1796-1852) se lance dans le commerce du chocolat à Vevey.
  • 1830 Le Lausannois Charles-Amédée Kohler (1790-1874) ouvre une fabrique de chocolat à Lausanne.
  • 1863 Daniel Peter épouse Fanny Cailler.
  • 1866 Fondation de l’Anglo-Swiss Condensed Milk Company, à Cham (ZG), première fabrique de lait condensé d’Europe.
  • 1867 Fondation de Peter - Cailler & Cie à Vevey. Henri Nestlé (1814-1890) commercialise sa farine lactée.
  • 1870 Rudolphe Lindt (1855-1909) invente le conchage qui rend le chocolat fondant.
  • 1875 Première recette de chocolat au lait par Daniel Peter grâce au lait condensé.
  • 1895 Enregistrement des marques Delta Peter et Gala Peter.
  • 1896 Fondation de la Société des chocolats au lait Peter & Cie.
  • 1901 Ouverture de l’usine de Daniel Peter à Orbe.
  • 1904 Fondation de la Société générale suisse des chocolats Peter et Kohler réunis.
  • 1911 Cailler rejoint la société qui devient Peter Cailler Kohler Chocolats suisses SA et qui gère à elle seule 50% de l’exportation suisse.
  • 1917 Installation du siège social de PCKC à La Tour-de-Peilz.
  • 1919 Mort de Daniel Peter à Vevey.
  • 1929 Rachat par Nestlé qui fonde les Chocolats Nestlé, Peter, Cailler, Kohler.